AGENCE CENTRALE DE LA SOCIÉTÉ GÉNÉRALE

Situé entre la place de l’Opéra et les Galeries Lafayette, cet édifice fait partie de l’ensemble architectural de la place de l’Opéra. Issu de la transformation de 7 copropriétés de logement bourgeois en édifice bancaire,  il est caractérisé par sa forme triangulaire issue de la rencontre des axes rayonnants de l’opéra avec l’avenue Haussmann. Jacques Hermant l’architecte auteur de sa transformation autour début du XX siècle, rend cet édifice totalement traversable, créant à l’intérieur une majestueuse cour couverte par une coupole en verrière. Cet espace, ouvert aux passants, génère un intérieur-extérieur à l’échelle urbaine en souvenir des grandes galeries couvertes construites sous l’empire de Napoléon III.  Ce vide inondé de lumière où des bureaux paysagers se côtoient, s’avérera une grande invention dans la typologie des édifices bancaires.

Historique et Projet de Restauration

La Société Genérale acheta l’édifice en raison de sa situation stratégique, entre le théâtre et les galeries Lafayette en 190X.

L’architecture de l’aube du XXe siècle est le symbole de l’insouciance et de l’optimisme. L’architecture commerciale de cette période trouve son style dans l’appel à sa célébration : technologie innovante, moyens économiques considérables, luxe effréné. Ce palais de la finance se doit une architecture à lui-meme.

L’édifice faisait partie du grand aménagement autour de l’opéra et était occupé par sept copropriétés quand Jacques Hermant, l’architecte en charge de l’opération, commença le projet.
Il dû réaliser son chantier par secteurs, à mesure que les locaux étaient rachetés aux coprorpiétaires. C’est donc encore occupé que le chantier commença en 1908, et les employés de la rue de Provence commencèrent déjà à occuper les locaux avant l’achèvement des travaux en 1912. L’opération fut un vrai exploit économique et technique : en seulement quatre ans, Jacques Hermant réalisa une œuvre monumentale dans un site occupé.

L’édifice, avait du être entièrement vidé de ses planchers sur 5 étages, étayé de conséquence, renforcé par l’intérieur par des solides poteaux en  acier jumelés à la façade, afin de pouvoir percer les quatre niveaux du sous sol.
Jacques Hermant se servit d’un nouveau procédé pour creuser les sous sols malgré la présence de l’eau : des gigantesques casse-formes en béton (réalisés par Moysant-Laurent et Savey) qui descendaient progressivement, repoussant l’eau car étant plus lourdes que cette dernière.
On commençait à creuser le quatrième sous-sol quand la crue historique de Paris arriva à l’aube de 1910, à peine 2 ans et demi avant l’achèvement du chantier. Hermant se servit de ce phénomène exceptionnel pour vérifier l’étanchéité du cuvelage et en améliorer les performances.
Les quatre étages du sous sol accueillirent une des plus grandes salles de coffres jamais réalisée à l’époque, avec un système de ventilation très performant.  Encore aujourd’hui, malgré le contact direct avec l’eau dès le deuxième sous sol, ces locaux sont extrêmement secs, frais l’été et chauds l’hiver.
Un cinquième sous sol fut réalisé pour installer la force motrice de l’ascenseur, fonctionnant à l’époque grâce à un piston hydraulique poussé à l’intérieur d’un cylindre par la force naturelle de l’eau gérée par des vannes. Aujourd’hui, le système a été remplacé par un contrepoids descendant dans ce cuvelage et un moteur électrique.

La coupole centrale, culminant à vingt-trois mètre au dessus du sol, couvre un gigantesque hall sur quatre nivaux et une mezzanine. Elle est supportée sur quatre pinacles posés sur quatre couples de piliers métalliques, et est suspendue par une structure métallique à parapluie fine et autoportante (aciéries d’Imphy).
Le décor de la verrière fut l’objet de divers changements de parti décoratif ; d’abord un style floréal inspiré de la nature, par les maitres verruers de l’école de Nancy (Jean Galland maitre vitrier), puis un style proche de l’art déco qui finalement sera retenu pour les vitraux de la couverture de la couple, et qui connut sa forture à la fin des années 1920 et tout au long des années 1930.
Pendant que la coupole s’achevait en 1911, les mosaïstes travaillaient en contrebas pour poser un magnifique tapis de grés colorés (réalisés par Gentil et Bourdait, dont le dessin original est déposé au musée d’Orsay), et les ferronniers d’art installaient les bronzes dessinés par Christofle. Ces bronzes suspendus sur la verrières furent également une innovation ; un bronze galvanisé (fin bain de bronze sur de la tôle fine et légère ) fut inventé alors pour leur assurer cette légèreté afin de les suspendre.
La voûte du hall d’entrée et des circulations présente un appareil savant de pose des pierres, que l’on appelle stéréotomie ; l’art de réaliser des couvrement par la pierre grâce à un système d’emboîtement des pierres selon une taille permettant une descente des charges rationnelle. En effet, ces voûtements sont de fins voiles en béton armé par des profilés légers, décorés par des stucs reproduisant fidèlement la pierre calcaire de Paris et jointés avec un enduit.

En façade, le sous bassement de l’édifice, repris par Hermant pour transformer les boutiques en rez-de-chaussée et les 7 entrées d’immeubles existantes, fut réalisé en comblanchien et béton imitant la pierre en socle de forteresse, symboliquement et pratiquement indispensable.
L’accès principal créé dans l’axe de boulevard Haussmann transforma définitivement l’aspect de l’édifice haussmannien de logement en un édifice bancaire.
En juin 1912, l’édifice fut inauguré en grande fête ;  l’agence, en parti déjà installée, finit d’occuper la totalité des bureaux autour du hall central. Déjà deux ans après, Hermant fut sollicité à nouveau pour intervenir dans son édifice et réaliser, en 1919, une mezzanine pour créer des bureaux supplémentaires.

Les études préalables, les recherches historiques et parfois archéologiques, sont des éléments indispensables pour réaliser un projet de restauration, car préparer un chantier de restauration dans les conditions d’un site occupé est une tache complexe. Ainsi, les travaux de rénovation de l’Agence Centrale de la Société Générale se sont surtout déroulés la nuit ou le week end, et les interventions se sont faites dans la plus grande discrétion pour atteindre le but final de l’opération : la mise en valeur architecturale de l’édifice.
L’édifice a été inscrit au titre des Monuments Historiques en 1977.

« Nous n’avons pas forcement plus de compétences que d’autres architectes en matière de construction, mais nous avons l’idée en tête que la somme de petites interventions insouciantes peuvent gâcher à tout jamais la valeur architecturale et historique d’un édifice. Notre cabinet travaille dans le sens de la préservation de l’edifice. Moins l’intervention de l’architecte est visible, plus sa reflexion en amont est complexe. Il ne suffit pas de s’arrter à la première idée, il faut apprendre à connatre le batiment. Le choix fait est un choix dédié à l’honneur du btiment, et non à l’honneur de l’architecte. »
Ursula Biuso, architecte du patrimoine

Durant ce projet de rénovation, une partie de cette coupole a été restaurée ; elle présentait un grand dommage des vitres exposés à la manutention du ré-lamping, au réchauffement important provoqué par les ampoules et  à une forêt de câbles et d’ampoules qui reposaient directement sur le vitraux. Les systèmes d’illumination ont été remplacés par des LED, qui permettent aujourd’hui d’obtenir une augmentation de la luminosité, une moindre consommation, et une diminution sensible du réchauffement à faible distance.

Le chantier de restauration de la couronne a été réalisé en cinq phases. A chaque phase, 90 panneaux étaient démastiqués et démontés entre 18h et 5h. Les pièces déposées et numérotées, rejoignaient ensuite l’atelier du maître vitrier pour y être nettoyées, restaurées et replacées dans la campagne successive. C’est l’atelier Duchemin qui a été choisi car porteur de l’expérience de 3 générations et héritiers du savoir faire des maîtres vitriers qui ont réalisé la coupole.

Atelier u3a tient à remercier

Monsieur Jean Yves Hannebert d’avoir été à l’origine de la volonté de faire appel à un architecte du patrimoine pour ce projet de rénovation ;
L’équipe d’ingénierie de la première phase, composée de Brigitte Van Noort, et de son directeur Michel Leleu ;
L’équipe d’ingénierie de la deuxième phase, composée de Jean Bernard Lefrançois et de son directeur Eric Boursez ;
Le responsable de l’immobilier Monsieur J.Marc Castagnon pour sa confiance et son appui à notre travail ;
Madame Anne Carrère du service de communication, pour son soutien à la réalisation du court métrage de la réalisation des travaux ;
Madame Requet,  Monsieur Lionel Maria et Monsieur Gwendal Tessier, responsables de l’agence recevant le public ;
L’équipe de gestion in situ de l’édifice, en particulier Monsieur Gomez, Monsieur Bommert pour leurs conseils et pour l’accés aux chantiers de l’edifice qu’ils ont facilité ;
L’équipe Sodexo pour son aide à la protection de l’édifice pendant le chantier. ;
Les gardiens de nuit pour leur accueil en toutes circonstances ;
Toutes les entreprises qui ont réalisé les travaux dans la plus grande passion et l’amour des lieux, et qui ont fait un excellent travail.

Banque Société Générale - Siège, Paris 75009

Restauration dans un édifice en activité
Extérieures : façades pierre de taille – chéneau / Intérieurs : ascenseur salle forte – verrières – coupole – bronzes – marbres et mosaïques – stucs et dorures

Epoque 1908 – 1913 / Jacques Hermant Arch.
Protection MH  Inscrit

MOA Société Générale
Stade Livré
Année 2009-2014

Type Mission complète
Surface 22.800 m2
MT
 2 M€ HT
MOE Biuso Architectes

Extrait de l’émission France Culture « Paris 1913 » présentée par Matthieu Garrigou-Lagrange, illustrée par des images de l’édifice.

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